Samedi 5 janvier 2008

 
Musique et scatologie ont toujours fait bon ménage. Cela demeure néanmoins un fait largement tenu sous silence, les historiens et les esthètes préférant mettre en avant les aspects les plus nobles et les plus sacrés de l'art musical, peut-être à juste titre. Cependant, un homme ose mettre fin au silence en publiant à compte d'auteur un essai d'une rare clairvoyance : Mozart, au fond à gauche. Il se nomme Jean-Philippe Hoppe, et le Never Trust, qui ne recule devant rien pour avoir l'occasion de vous raconter des conneries, l'a rencontré dans les toilettes de la gare de Perpignan. 

Le Never Trust — Jean-Philippe Hoppe, vous venez de faire paraître un essai surprenant sur la musique classique et ses liens avec la scatologie baptisé Mozart, au fond à gauche. Notre première question sera : pourquoi ce titre ? 

Jean-Philippe Hoppe — Il s'agit en fait d'un clin d'oeil aux fortes implications maçonniques que l'on peut trouver dans la musique de Wolfgang Amadeus Mozart. Il est en effet connu que les francs-maçons installent traditionnellement leurs lieux d'aisance au fond à gauche de leurs couloirs, et cela depuis l'existence même des loges. On peut donc en conclure tout naturellement que les toilettes de Mozart se trouvaient au fond à gauche de sa maison. Beaucoup de personnes croient que ce titre a pour but de faire rire : il n'en est rien, et lorsque je rencontre des francs-maçons qui ont lu mon livre, je peux vous assurer qu'ils prennent la chose très au sérieux. D'ailleurs, certains m'ont frappé. 

Avant d'entrer dans le vif du sujet, c'est-à-dire l'ouvrage que vous venez de publier, pouvez-vous vous présenter un peu, nous dire qui vous êtes ? 

Je suis issu du circuit universitaire « classique » : j'ai mené de longues études sur l'histoire de l'art, et c'est lorsqu'il fut question d'aborder l'étape finale du doctorat que j'ai réalisé que trop souvent la question scatologique est exclue des débats entre chercheurs. Or, la scatologie me passionne, et cela depuis mon plus jeune âge. Ma mère me disait encore récemment que, tout bébé, je me faisais caca dessus plusieurs fois par jour. Je pense que déjà, le destin parlait. J'ai donc réalisé une thèse sur la représentation de l'urine dans les peintures à caractère religieux de Velasquez, puis j'ai choisi de m'intéresser à la scatologie dans l'univers musical, tant la documentation dans ce domaine est réduite. 

Le moins que l'on puisse dire de votre essai, c'est que vous n'hésitez pas à mettre les pieds dans le plat ! Vous déclarez ainsi que Jean-Sébastien Bach, avant d'être un grand génie, un organiste d'une rare habileté et un homme de grande foi, était un constipé chronique !
 

Je ne fais que citer un passage totalement inédit de La Petite chronique d'Anna Magdalena Bach, dans laquelle cette épouse aimante raconte que son mari passait quelquefois des heures dans les toilettes pour un résultat particulièrement décevant, tout au plus quelques crottes dont elle nous dit, je cite de mémoire, qu'elles n'étaient « pas plus grosses que celle de notre lapin Jeannot ». Je suis convaincu que cette indisposition a énormément compté dans la production musicale de Bach. Sinon, aurait-il composé une Merde en si mineur que l'on joue encore aujourd'hui de façon régulière, quoique le terme « merde » ait été remplacé par « messe » pour ne pas rebuter le public ? Sans compter que la plupart de ses grandes compositions pour orgue, ainsi que la majorité des morceaux du Clavier bien tempéré, ont certainement été conçues durant ces moments où le grand génie était assis sur le trône à essayer désespérément de faire caca. 
 

Pour ce qui est de Mozart, vous lui prétez un fétichisme très particulier.
 

Il ne fait aucun doute que Mozart était un urophile pratiquant. Il avait d'ailleurs imaginé une scène pour L'Enlèvement au sérail dans lequel le jeune héros se faisait pisser dessus par son amoureuse. Mais son librettiste a refusé de le suivre et la scène n'a finalement jamais vu le jour. Hélas.
 

Vous affirmez donc que Mozart aimait qu'on lui urine dessus ?
 

Bien entendu, et c'était un fait très connu à son époque. Naturellement, on ne garde des génies que les aspects de leur personnalité qui nous arrangent le plus, mais non seulement tout le monde connaissait le goût de Mozart pour la pratique de l'ondinisme, mais nombreuses sont ses admiratrices qui se bousculaient pour pouvoir lui faire pipi dessus. Certaines buvaient plusieurs litres d'eau avant d'aller assister à l'une de ses représentations, et comme il était de coutume de porter des corsets particulièrement serrée à cette époque, vous pouvez imaginer l'état des sièges à la fin du concert ! 
 

La plupart des grands compositeurs sont cités dans votre ouvrage. Outre Bach et Mozart, vous parlez également de Monteverdi, de Beethoven, de Chopin, de Tchaïkovsky, de Strauss, de Mahler...

Mahler est certainement le cas le plus intéressant, ou du moins celui que j'ai pris le plus de plaisir à étudier, peut-être parce que je souffrais d'une gastro-entérite au moment de la rédaction de ce chapitre. On dit souvent que Gustav Mahler était éjaculateur précoce : je réfute cette affirmation, tant tout indique, y-compris dans sa musique, qu'il était surtout victime d'une vessie particulièrement étroite. Cet homme a passé sa vie à avoir envie d'uriner, et le premier mouvement de sa Cinquième Symphonie, aux cuivres grandiloquents, est évidemment une métaphore de la montée fatidique d'une violente envie d'uriner, qui se conclut par un miction inespérée et libératrice. Je ne veux pas dire du mal de mes collègues musicologues, mais je pense qu'il faut cruellement manquer de poésie pour ne pas s'en rendre compte. 

Un seul compositeur important n'est pas présent dans votre étude : Schubert.

C'est vrai. A mon grand regret, je n'ai rien trouvé sur Schubert permettant de laisser penser que sa musique a un lien quelconque avec la scatologie. J'ai souvent eu la sensation que son célèbre Ave Maria avait quelque chose à voir avec l'état des toilettes du bar de Vienne qu'il fréquentait assidûment, mais n'ayant pu obtenir aucun document pertinent sur cette question, j'ai préféré renoncer. Je refuse d'insulter l'intelligence de mes lecteurs en leur proposant autre chose que des faits établis !

Comment les experts en musique classique ont-ils réagi à la parution de votre essai ? 

Mal, il faut bien le reconnaître. Les revues spécialisées m'ont tout bonnement ignoré, faisant preuve d'un manque certain de déontologie. J'ai écrit plusieurs fois aux rédacteurs-en-chef des magazine Classica et Diapason pour me plaindre de leur silence concernant mon ouvrage, et ceux-ci m'ont finalement répondu que si je continuais à les relancer ainsi, ils allaient m'intenter un procès. En revanche, les quelques personnes qui ont lu mon livre ont pris la peine de me donner leur impression. C'était très intéressant. J'ai appris un nombre incroyable de nouvelles insultes, et je pense en faire le sujet d'un de mes prochains essais. 

Pour le moment, quels sont vos projets immédiats ?

Réaliser un vieux rêve : écrire un ouvrage critique sur la symbolique du vomi dans La Recherche du temps perdu !

Merci, monsieur Jean-Philippe Hoppe.

Par Ornott Toubi - Communauté : Que de l'humour
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