Mardi 25 novembre 2008
Ils sont nombreux. Ils sont partout. Difficile de sortir dans la rue, même pour aller acheter son pain, sans en croiser au moins un. Impossible de ne pas en rencontrer sur Internet, dans les forums ou sur les salons de discussion. Et ne parlons même pas de la télévision, de la radio, de la presse écrite, du cinéma ou de la musique... Oui, les cons sont partout, et partout où ils sont, ils se sentent chez eux. C'est de loin la majorité visible la moins évoquée dans les médias, la communauté dont on parle le moins au sein des débats publics ou des dîners mondains. Le Never Trust a décidé de remédier à cette injustice, et toute l'équipe de notre blog s'est donc attelé avec un sérieux monumental à l'étude qui va suivre. Bien sûr, nous aurions pu consacrer notre temps à autre chose, comme lire des livres, visiter des musées, rencontrer des gens nouveaux, lier des amitiés, des romances, faire l'amour. Mais nous avons préféré passer des heures devant un petit écran pour rédiger cette enquête. C'est très con.


1. Quand les cons sont GRAVES.


Il peut arriver à tout un chacun d'être con, voire très con, selon certaines circonstances. S'énerver sottement dans une file d'attente au supermarché, par exemple, c'est se comporter comme un con. En même temps, la vieille qui met deux plombes à ranger son mou pour le chat dans son cabas qui date de la Seconde Guerre Mondiale, alors que vous attendez derrière avec vos pauvres barres de Kinder Bueno en vous disant qu'elle aurait tout de même pu avoir la gentillesse de vous laisser passer avant elle, franchement, elle abuse. Alors vous commencez à pester. Et comme vous pestez après une petite vieille, et que vous, vous n'êtes pas une petite vieille, les gens vous regardent de travers. Y-compris la caissière. Ça se fait pas, de pester après une petite vieille. Du coup, vous commencez à pester contre tous les gens qui vous toisent. Et ça se termine dans le bureau de la sécurité, où deux types épais comme des armoires vous font un cours de morale sur le respect dû aux personnes âgés. Et vous finissez par ressortir de là quinze minutes plus tard, et il ne vous reste plus qu'à aller acheter vos Kinder Bueno ailleurs, et ça fait chier, bordel de merde. Dans ces moments-là, on se dit : « j'ai été con ». Et on l'a été. C'est évident. 

Mais certaines personnes mettent un point d'honneur à être connes TOUT LE TEMPS. Dés le réveil, jusqu'au coucher, sans discontinuer, toute l'année, ving-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, qu'on se demande presque comment ils font. Ce sont des cons professionnels. Etre con est leur marque de fabrique. Si vous avez envie d'entendre la chose la plus conne possible sur tel ou tel sujet, c'est vers eux qu'il faut aller, et vous ne serez jamais déçu.

Noir Désir met en ligne, gratuitement, deux nouveaux morceaux. Demandez au con ce qu'il en pense, et il vous répondra : « c'est pour faire de l'argent ! »

Barak Obama vient d'être élu à la présidence par le peuple américain ? Le con vous dira : « il a été élu grace à sa couleur de peau ». A noter que, la veille des élections, le même con assurait qu'Obama ne sera pas élu à cause de sa couleur de peau.

Un député tue sa maîtresse avant de se donner la mort ? Le con l'affirmera : « ça arrive tous les jours partout en France, et là on en parle parce que c'est un député. » Faites alors remarquer au con que, si cela arrivait tous les jours, la France aurait un taux de mortalité similaire à celui de l'Irak, et il vous décochera un regard profondément méprisant, sur l'air de : « pauvre naïf, tu crois vraiment tout ce que l'INSEE te raconte ? »

Un pédophile récidiviste récemment libéré récidive encore ? Le con sera sûr de lui : « Il faut les castrer. » Il est alors de votre devoir de dire au con que, si l'on castrait les pédophiles, il faudrait s'attendre à ce qu'ils deviennent peut-être encore plus dangereux pour la société qu'auparavant. Dans ce cas, le con rectifiera subtilement son jugement : « D'accord. Alors, il faut les tuer. »

Discuter avec un con militant est probablement l'une des expériences les plus frustrantes que l'on puisse imaginer. Par exemple : ne pas arriver à bander quand on a une fille dans son lit, c'est frustrant. Pour elle aussi, d'ailleurs. Et bien ce n'est rien comparé au sentiment d'impuissance qui vous enveloppe quand vous essayez d'expliquer vos arguments à un con, et que lui refuse fermement de comprendre. Et vous n'avez même pas le plaisir, fugace, de partager votre frustration, parce que, contrairement à la jeune femme qui attend en vain qu'une érection veuille bien se profiler dans le bas-ventre de son partenaire, le con est absolument ravi de se montrer obtus jusqu'à l'indécence. Il est heureux de ne pas vous entendre. Il rit de votre désespoir. Il vit sa connerie comme une marque de supériorité. La seule chose qui puisse être encore plus frustrante dans ce contexte, c'est de se démener pour essayer de faire entendre raison à un con et de se rendre compte qu'on bande en même temps, alors que la nuit dernière, non.


Les cons aiment s'exprimer sur le Net. Leur style est généralement à l'image de leur pensée,
et leurs pseudonymes à l'image de leur physique.



2. Métaphysique du Con.

Naturellement, notre étude se heurte à un obstacle de choix : comment définir exactement la connerie, et par extension, comment considérer de façon objective que quelqu'un est viscéralement « con » ?

Pour cela, dans ce domaine comme dans beaucoup d'autres, seule la psychologie peut nous apporter des résultats satisfaisants. Parce que, s'il faut compter sur la religion, la science, l'astrologie, le gouvernement ou le Parti Socialiste, c'est mal barré.

Une étude de type comportementale est donc nécessaire. Prenons un sujet X : il est issu d'une bonne famille, il provient de l'aristocratie hongroise déchue, il a mené tant bien que mal des études socialement intéressantes, et tout peut laisser penser qu'il n'est pas plus con qu'un autre. Plaçons ensuite cette personne ordinaire dans une situation extraordinaire : le pouvoir. Nous observons que le sujet X développe sans plus tarder une compréhension de son environnement extrèmement biaisée. Le monde se met à tourner autour de lui, et sa position privilégiée apporte à son fantasme du grain à moudre, un peu à la manière de l'Empereur Smith dans Lucky Luke. Le sujet X va puiser dans ses frustrations d'enfance, ses névroses intimes et ses jalousies, le motif d'une profonde mégalomanie où sa lucidité va petit à petit décliner jusqu'à laisser place à ce qu'il convient d'appeler de la connerie. Afin de satisfaire à son sentiment d'importance, il conviendra que le sujet X simplifie à l'extrème son approche du monde extérieur, qui sera scindée en deux camps : les gens qui m'aiment, et les gens qui devraient m'aimer. Se considérant respectable par nature, le con agira comme bon lui semble, sans jamais chercher à comprendre que l'on puisse ne pas être d'accord avec lui. Le con développera un système de pensée infiniment simpliste, qui lui permet d'avoir une opinion sur tout sans que cela nuise au temps nécessaire à l'observation et l'admiration de sa propre personne. Il ira chercher dans les apparences la justification de sa propre importance, et cherchera à terrasser ses adversaires, non par des arguments rationnels ou des actions indiscutables, mais en espérant développer chez eux un sentiment profond de jalousie. Le con a donc besoin, en plus du pouvoir, d'un salaire plus important, d'une grosse montre, et d'une jolie femme. Evidemment, une telle stratégie ne fonctionne que sur les autres cons, que l'on appelle, dans le jargon de la psychologie contemporaine, les « ministres d'ouverture ».

Autour du con gravitent immanquablement d'autres cons : c'est une loi naturelle. Les atomes s'agglutinent, et les cons se complètent. Lorsque le sujet X va rendre visite au Pape, il ne manque pas de s'entourer de cons, dont certains sont encore plus cons que lui, afin de se sentir moins seul. Bien entendu, le Pape est tout aussi con que le sujet X, mais le sujet X l'ignore, puisqu'il est con. Alors il embarque Jean-Marie Bigard dans sa valise.


3. Peut-on guérir le con ?


La réponse est oui, mais soyons honnêtes : elle n'est motivée que par de sombres relents de notre éducation judéo-chrétienne, une idélogie qui tend à faire preuve de mansuétude, sauf à l'égard des homosexuels et des athées.

La connerie est réversible, dans des situations extrèmes. On peut attendre du con qu'il devienne un peu moins con lorsqu'il subit, et cela de façon indéniable, les conséquences de sa propre connerie. Lorsque son vote mène son pays à la guerre et à la destruction, par exemple. Cependant, il faut noter que la connerie fonctionne comme d'autres maladies mentales mieux identifiées : dés lors qu'elle cesse de pouvoir se manifester d'une certaine manière, elle cherchera un autre moyen d'expression, elle se décalera dans ses moyens d'action, afin de prévenir naturellement toute tentative de guérison. C'est pourquoi il est aussi difficile de rendre un con moins con que de convaincre un schyzophrène qu'il ne lui est pas nécessaire de poignarder des gens dans la rue pour se sentir épanoui en société.

Le con cherchera toujours à rejeter la faute sur les autres. Si la guerre en Irak est un échec retentissant, c'est à cause des pays qui ne l'ont pas soutenu, et bien entendu des irakiens qui n'ont même pas eu la décence d'avoir vraiment des armes de destruction massive cachées dans leurs chaussettes. Si les bourses mondiales s'effondrent, ce n'est pas de la faute du système idéologique bancal mis en place par les pontes arrogants du libéralisme moderne, mais de Jérôme Kerviel. Et si des gens continuent à mourir de froid dans la rue malgré la mise en place du bouclier fiscal, c'est à cause du Parti Socialiste et de sa mauvaise gestion des Régions.

Il est donc beaucoup plus facile de rendre quelqu'un d'intelligent parfaitement con (lire à ce sujet : Comment j'ai mangé mes morts, par François Hollande) que de faire prendre conscience à un con de sa propre connerie.


Les cons aiment se faire prendre en photographie, et léguer ainsi à la postérité des poubelles
l'image de leur connerie souriante.


4. Le CON est l'avenir de l'homme.


C'est un constat douloureux, mais évident : allier la démocratie (autrement dit : confier le pouvoir à la majorité) à une civilisation dans laquelle l'immensité des moyens de communication anciens ou modernes est dédiée à la glorification de la connerie, ne peut que donner des résultats mitigés du point de vue du progrès de l'espèce humaine.

Pour autant, le principe dictatorial ne peut se révéler plus satisfaisant, puisqu'il a tendance précisément à favoriser les cons. Voyons les choses en face : il faut vraiment être con pour avoir envie d'être dictateur.

Le seul espoir résiderait dans la création d'une Nation entièrement vouée aux cons. Ceux-ci y seraient accueilli à bras ouverts, et libèreraient ainsi les autres pays de leur influence néfaste. Il conviendrait naturellement d'opter pour un espace relativement étendu, car les cons sont nombreux de par le monde. Le Texas, qui dispose d'ores et déjà d'un nombre de cons par habitants sensiblement appréciable, serait probablement l'emplacement idoine à la création d'une telle patrie.

Mais au lieu de cela, les cons se disséminent un peu partout : ils ont conquis l'Afrique, l'Océanie et l'Amérique du Sud, ils ont posé un drapeau sur la Lune, ils lorgnent à présent sur Mars, en attendant de les voir s'installer en Antarctique ou dans le fond des océans. Le con ne manquera pas, voué à sa propre destruction, de réduire un jour la Terre en cendres, à grands coups de gaz d'échappement, de guerres bactériologiques, de préceptes religieux et de nomenclatures économiques iniques.

Et le jour de la Fin du monde, gageons que tous ces braves cons, responsables directs de la fin des Temps, tout comme leurs glorieux prédécesseurs, s'exclameront du haut de leur morgue malhabile : « Voilà le Jugement Dernier ! » et rajouterons, face aux dernières critiques qui leur seront adressées, sans ciller d'un pouce ou broncher d'un ongle : « Que voulez-vous que je vous dise ? Tout ça, c'est la faute de Dieu ! »


Par Le Never Trust - Communauté : Que de l'humour
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