Anthropologue réputé, Michel de Richter a longuement enquété sur Lucy, cette « star » âgée de trois millions d'années qui, depuis sa découverte en 1974, défraie la chronique scientifique et populaire. Il publie les résultats de ses études dans un véritable brûlot intitulé Lucy, l'ignominieuse hominidé. Le Never Trust a choisi de le rencontrer.
Le Never Trust — Michel de Richter, l'anthropologie moderne vous doit beaucoup. C'est vous qui avez démontré qu'il n'existe aucun lien de parenté entre le pélican et l'homo-erectus, c'est encore vous qui avez découvert dans le grenier de votre belle-mère un crâne d'hominidé datant de l'ère pré-cambrienne, ce qui a naturellement révolutionné toutes les théories en vigueur concernant la naissance de l'humanité, et n'oublions pas de préciser que vous avez breveté une méthode totalement originale de datation des fossiles à base de semoule. Pourquoi prendre le risque aujourd'hui de nuire à votre excellente réputation en publiant cet ouvrage polémique sur Lucy ?
Michel de Richter — Je pense que je ne pouvais pas faire autrement. Un homme se doit d'agir en fonction de ses principes et de ses idéaux. Après avoir mené de nombreuses enquètes en Ethiopie, j'en suis arrivé à une conclusion implacable que je ne pouvais pas garder sous silence : Lucy était ce que nous appelons dans notre jargon une véritable trainée !
Vous y allez fort !
Je ne vois pas quel autre terme employer. Lucy était vraiment ce que l'on appelle une « mangeuse d'homme ». A la différence que, contrairement aux séductrices d'aujourd'hui, elle mangeait vraiment les hommes avec qui elle couchait. On peut penser, à la suite de mes études, qu'elle a connu au moins une vingtaine d'individus différents, pour la plupart des chasseurs d'aurochs, une classe sociale très populaire en cette époque. Mais on compte également parmi ses amants quelques artistres rupestres et des chefs de tribu.
Vous prêtez également à Lucy des habitudes déplorables...
J'ai soigneusement fouillé la caverne dans laquelle vivait cette personne, et j'y ai en effet trouvé un grand nombre de cadavres de bouteilles, et même des objets pointus qui semblent s'apparenter à nos seringues d'aujourd'hui. J'en arrive à la conclusion que Lucy buvait et se droguait. Elle semblait avoir une prédilection pour l'alcool d'acacia, que l'on obtenait alors en faisant macérer des feuilles durant plusieurs semaines dans une panse d'ours emplie d'urine de hibou. Peut-être est-ce également ce produit, aujourd'hui fermement interdit par l'Organisation Mondiale de la Santé, qu'elle s'injectait dans les veines, sous les yeux de ses propres enfants !
Des enfants qu'elle avait nombreux...
Oui, Lucy a probablement eu une quinzaine d'enfants au cours de sa courte existence. Un grand nombre d'entre-eux sont morts en bas-âge, dans des circonstances souvent troubles... J'ai retrouvé sur la paroi d'une caverne aujourd'hui immergée des gravures rupestres qui s'apparentent à des procès-verbaux et laissent entendre que les autorités d'alors s'intéressaient de près au cas de Lucy. C'est un officier du nom de Ourgle qui menait l'enquête. Il est malheureusement mort intoxiqué par des champignons vénéneux avant d'avoir pu livrer ses dernières conclusions.
Lucy était-elle une bonne mère auprès de ses enfants survivants ?
Certainement pas ! Elle les brimait et les humiliait en y prenant un plaisir sadique ! L'aîné de la famille, Urgulu, avait un potentiel créatif tout à fait surprenant. J'ai retrouvé dans sa chambre des schémas fossilisés indiquant qu'il avait imaginé le concept de la roue, de la poulie et de la centrale thermonucléaire avant tout le monde. Mais Lucy souffrait sans doute d'avoir un enfant plus intelligent qu'elle, aussi l'a t-elle obligé à rentrer dans les ordres. Urgulu est donc devenu chamane, et le monde préhistorique a été privé de sa grande créativité.
Vous dites également qu'elle les battait ?
C'est ce que laissent penser les ossements que j'ai pu analyser. Fémurs brisés ou tibias perforés sont des signes de mauvais traitements. Il semble même qu'elle se servait du crâne de ses bébés pour ouvrir des noix de coco. Quand le crâne se révèlait moins solide que la noix de coco, elle mangeait la cervelle.
Comment est-elle morte ?
Sa noyade apparaît comme une tentative ratée d'escroquerie à l'assurance-vie. Lucy avait contracté beaucoup de dettes auprès de ses fournisseurs d'alcool ou de drogue, et de plus elle jouait. Sans doute a t-elle pensé que simuler une mort accidentelle serait une bonne manière de rentrer dans ses frais. D'après ce que j'ai pu en retrouver, sa police d'assurance était effectivement très avantageuse, sans doute parce qu'elle couchait avec le courtier. Mais le courant était très fort ce jour-là, et ce qui devait n'être qu'une comédie est devenue une réalité : Lucy est effectivement morte noyée. Au grand bonheur de son voisinage, d'ailleurs.
Que sont devenus ses enfants ?
Grâce à l'argent de l'assurance, ils ont pu faire leur trou dans la société et devenir des notables importants de leur communauté. Malheureusement, la personnalité de leur mère et les mauvais traitements qu'ils avaient subi les ont profondément traumatisé, tant et si bien qu'ils sont devenus des êtres frustrés, jaloux, avares et imbus d'eux-mêmes. Ils ont ensuite transmis à leurs propres enfants ces travers névrotiques qui se sont amplifiés au fil des générations, et que l'on retrouve toujours chez leurs descendants directs, dont certains occupent des places de choix dans le monde politique, voire économique, contemporain.
Vous est-il possible de citer des noms ?
Etant donnée l'ambiance actuelle, non. Mais je donnerais mes deux bras pour savoir ce que les anthropologues diront de notre propre société dans trois millions d'années !
Merci, Michel de Richter !