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La Sarkoze

Jeudi 13 mai 1993 : un forcené muni d'explosifs s'introduit dans les locaux d'une école maternelle de Neuilly et prend en otage toute une classe d'élèves. Au mépris de toutes les règles élémentaires de sécurité, et contre l'avis des spécialistes du RAID chargés de récupérer vivants les enfants de trois et quatre ans, le maire se précipite dans l'école, parlemente, dialogue, négocie, ment et trompe le déséquilibré, afin de ressortir victorieux accompagné de trois enfants, sous les caméras et les yeux émus des ménagères de moins de cinquante ans plantées devant leurs postes de télévision. Ce jour-là, le monde entier, stupéfait, découvrait la Sarkoze. 

Docteurs en psychiatrie, spécialistes dans le domaine des CPA (Comportements Politiques Aberrants), le docteur allemand Hans Amble et sa confrère burkinabaise Touté Pocible nous racontent leur enthousiasme : « Nos collègues français nous ont fait parvenir les images de Nicolas Sarkozy sortant de l'école maternelle de Neuilly, tout fier d'avoir pu sauver quelques mioches sans se rendre compte qu'il venait de mettre en péril la vie de tous les autres. Ma première pensée à été de me dire : les affaires reprennent ! Depuis quelques années, la politique européenne n'était plus peuplée que de personnages ternes et sans reliefs. Enfin, nous tenions un nouveau cinglé à étudier ! »

La Sarkoze n'est pas en soi une maladie nouvelle. « Tout comme le Bovarysme n'est qu'une actualisation du Donquichottisme, la Sarkoze n'est jamais qu'un nouvel avatar des maladies politiques qui parcourent l'histoire de l'humanité. Elle n'en demeure pas moins fascinante, de par ses particularités. A commencer par son aspect éminemment contagieux ! » nous dit le docteur Pocible. Il semble en effet qu'un grand nombre des personnes approchant Nicolas Sarkozy finisse par contracter cette maladie mentale. 

« La Sarkoze, c'est avant tout une forme de mégalomanie poussée à son extrème. Le sujet se croit soudain tributaire d'un discours révolutionnaire, novateur, original, même s'il ne fait qu'enfiler des banalités sans nom et des tautologies de comptoir. » Un exemple parmi mille : Nicolas Sarkozy est persuadé avoir dit des « choses très fortes » sur la religion lors de sa prestation au Vatican, alors qu'il n'a fait que ressortir des idées reçues sur la « nécessité de croire en quelque chose » ou sur « la France, fille aînée de l'Eglise » éculées et grotesques. Il est cependant notable qu'aucun des journalistes chargés de couvrir l'évènement n'a relevé l'inanité du discours présidentiel, relayant ces propos comme s'il s'agissait effectivement de paroles importantes. Comme il est impossible de douter de la grande honnêteté de la presse, nous ne pouvons qu'en conclure que ces journalistes sont eux-mêmes atteints de Sarkoze. 

On doit aussi voir dans la sarkoze une propension phénoménale à la mythomanie. « Passe encore que monsieur Sarkozy soit sincèrement convaincu qu'il a été élu contre l'opinion de la presse, ou qu'il passe son temps à répéter qu'il s'est fait tout seul, alors qu'une étude succincte de sa biographie permet de vite se rendre compte qu'il a toujours bénéficié d'appuis importants au sein de la classe politique comme médiatique. Mais nous constatons qu'un homme comme Eric Besson, qui ne peut être considéré autrement que comme un traître, tient aujourd'hui un discours particulièrement tolérant vis-à-vis de lui-même, expliquant la façon dont il a retourné sa veste avec une extraordinaire candeur, et continuant à se proclamer parfaitement honnête, et même encore de gauche ! La Sarkoze a, sans nul doute, fait une nouvelle victime. » 

« Il en va de même pour Bernard Kouchner, qui ne veut pas admettre qu'il n'est qu'un homme de paille au sein d'un ministère qui ne sert strictement plus à rien ; de madame Dati, qui développe un fort penchant pour l'autoritarisme déraisonnable ; pour Jacques Attali, qui insulte maintenant à tout-va ceux qui osent le contredire ; pour Fadela Amara, qui croit sincèrement qu'elle a son mot à dire... Bref, la liste serait longue et je ne puis énumérer tout le monde ! » nous confie Hans Amble. 

Le sujet atteint de Sarkoze s'affaiblit donc dans sa lucidité, développe une très haute idée de lui-même, y-compris lorsque les évènements extérieurs ne font que démontrer qu'il n'est aucunement digne du grand respect qu'il éprouve pour sa propre personne. Ainsi coupé de la réalité, évoluant dans un monde imaginaire, héroïque, épique, romanesque, à cent lieues des préoccupations de ses citoyens, le sujet atteint de Sarkoze peut-il se révéler dangeureux ? 

« Il ne faut pas dramatiser, tempère Touté Pocible. La Sarkoze n'a rien de comparable avec l'Adolfus Hitlerus qui fit des ravages dans les années 30, ou avec la Djougatchivilite aigüe dont on souffert bon nombre de soviétiques. La Sarkoze pourrait certainement se révéler périlleuse dans certains contextes historiques, mais pour le moment nous pouvons penser que les dégâts seront limités. Bien sûr, la France sera atrocement mal gérée durant au moins cinq ans, elle se rendra – et se rend déjà – ridicule auprès de ses alliés, elle va régresser dans un état répressif, pro-religieux et économiquement instable, en particulier pour les revenus modestes ou moyens, mais nous pouvons décemment penser qu'elle ne déclenchera pas de conflits majeurs ou ne tombera pas dans un schéma de guerre civile, ainsi que ça a pu lui arriver en 1789 ou en 1940. Naturellement, cela reste une analyse à prendre avec toutes les réserves nécessaires : il convient d'observer de près comment la maladie évolue. » 

Mais peut-on guérir de cette maladie ? « Cela dépend, nous répond le docteur Amble. Pour les sujets peu atteints, la guérison est tout à fait possible. Beaucoup de gens ont voté pour Nicolas Sarkozy après avoir contracté une Sarkoze mineure : aujourd'hui, en le voyant s'exhiber dans la presse people, se faire offrir des vacances par le patronnat et clamer, après avoir fait des cadeaux fiscaux aux plus riches, que les caisses sont vides, un grand nombre d'entre-eux développent un processus de rémission de la maladie. De la même manière, certains membres de l'UMP, mais aussi d'autres partis politiques, après avoir été touchés de près par la Sarkoze, réalisent aujourd'hui qu'ils ont soutenu corps et âme un être profondément immature, à mi-chemin entre l'enfant pervers polymorphe et le curé de campagne sado-masochiste. Mais une chose est certaine : Nicolas Sarkozy lui-même ne guérira certainement jamais du mal qu'il a développé et propagé. Il suffit de lire les propos récents de Valery Giscard d'Estaing pour comprendre qu'en matière de politique, la mégalomanie, la suffisance et la bêtise peuvent survivre à tous les traitements, y-compris les humiliations démocratiques les plus mordantes ! »

Une bonne nouvelle : la Sarkoze, à l'image de tous les comportements politiques aberrants, est également marquée par un fort désir inconscient d'auto-destruction. « C'est comme si le malade savait dans son for intérieur qu'il est mentalement condamné et cherchait, en allant toujours plus loin dans son délire, à se dénoncer comme l'escroc pathétique qu'il est en réalité. Si le système ainsi mis en place peut aller jusqu'à son terme, il est rare en revanche qu'il survive au sujet qui l'a initié. » En somme : après la pluie, le beau temps...

Vivement 2012 !   

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R
Après le déluge aussi... mais bonjour les dégâts !
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