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Derrick.


Derrick nous a quitté, et laisse la ville de Munich orpheline de son policier le plus célèbre du monde, à l'exception naturellement du bavarois Benoît XVI qui, après un stage intensif de formation au sein de la Waffen SS durant ses jeunes années, peut aujourd'hui se vanter d'être devenu le patron incontestable de la Sainte Inquisition.


Derrick est mort. Tout le monde en parle. Tout le monde se gausse. Et nous autres, au Never Trust, comme nous n'avons pas d'idées d'articles cette nuit, nous allons faire exactement pareil.

Assénons d'abord cette vérité fondamentale : Derrick était mort depuis très longtemps. Il suffit de regarder n'importe quel épisode de la série pour se rendre compte que son personnage principal correspond en tous points à la description du zombie, telle que nous la livre le professeur George Lufic, et que nous reproduisons ici in extenso afin de bouffer quelques paragraphes pour pas cher :

 

« Le zombie est un mort que l'on maintient dans un semblant de vie par le biais de sortilèges vaudous extrèmement complexes, usant notamment de l'égorgement de poulets les nuits de pleine lune, de mastication bruyante de racines de mandragore, de fabrication de décoctions diverses à base de tentacules de poulpe ou de viscères de morse brun, ou encore de danses rythmées au son des tambours, si possible exécutées par des indigènes aux seins nus, sinon ça n'a aucune chance de passer sur TF1.

Le zombie se signale avant toute chose par une extrème lenteur dans chacun de ses mouvements. Un zombie en forme mettra environ deux heures pour parcourir un kilomètre, ce qui en fait un très mauvais ramasseur de balles durant les matches de tennis haïtien. Le zombie est également reconnaissable à son regard terne, sinon vide, ainsi qu'à sa propension à laisser pendre sa lèvre inférieure. Il est bon de noter également que le zombie porte très rarement la moustache, qu'il est souvent chauve, et que de grosses lunettes ornent habituellement son visage morne et lugubre. 

Il convient également de signaler que, contrairement à une idée très répandue, le zombie n'est absolument pas anthropophage. Il raffole au contraire de plats traditionnels bavarois, et ne boit quasiment que de la bière. Souvent, le zombie s'appelle Derrick et vit à Munich, où il exerce la profession d'inspecteur de police. » 

Nous voyons bien, à la lecture de ces édifiantes observations, que tout laisse à penser que Derrick était un zombie. Si vous avez des doutes concernant la véracité de ces affirmations, ou si vous pensez que le Never Trust manipule indûment des ouvrages ethnologiques afin de servir ses thèses, c'est que vous disposez d'un quotient intellectuel et d'une vivacité d'esprit trop élevés pour continuer à lire cet article.

Vous êtes toujours là ? Parfait : nous sommes entre imbéciles, on va pouvoir causer. 

Parlons franchement : Derrick est le meilleur indicateur de l'état de délabrement moral dans lequel se trouvait l'Allemagne durant les années 70 et 80. Dealers, prostitutés, bars à strip-tease (forcément glauques) ou riches familles décadentes et malsaines, voilà ce qui constitue le quotidien de Derrick, à longueur d'épisodes. N'importe quel policier normal aurait fini par se pendre ou par commettre une bavure. Chez nous, ceux que l'on affecte en banlieue ne tiennent jamais deux ans sans finir dépressifs et adhérents au Front National. Mais pas Derrick. Derrick, lui, il reste debout, droit dans ses bottes, et il affronte la misère sociale avec le calme olympien d'un dresseur d'escargots aveugles. Et c'est précisément cette stature, cette étonnante faculté à demeurer insensible à tout stimulus extérieur, qui contraint les coupables à avouer leur crime. Car le meurtrier est tout autant désireux que le spectateur de voir apparaître le générique de fin de l'épisode.

Mais Derrick est-elle pour autant une mauvaise série ? Cela dépend. Si l'Amicale des amis de Bruce Willis ne goûte que moyennement les charmes de la série bavaroise, l'Association des amoureux d'Eric Rohmer ne tarit en revanche pas d'éloges à son égard.

Nous, au Never Trust, nous aimons bien regarder Derrick. Ça occupe. Quand on vit aux crochets de l'état, dans la paresse et la négation de tout esprit civique, il n'y a rien de mieux que de perdre son temps devant sa télévision à manger de la bouffe chinoise tout en regardant une série allemande. Le patriotisme n'a pas beaucoup d'intérêt pour les parasites que nous sommes : de toute manière, ce n'est pas demain la veille que l'Etat français pourra délocaliser les érémistes.

Aussi sommes-nous bien obligés de prendre la défense du policier bavarois, et de nous poser en rempart contre les quolibets ironiques dont il est la cible depuis son décès : Derrick a contribué au rayonnement de l'Allemagne dans le monde, là où Navarro n'a jamais participé qu'au rayonnement de Nicolas Sarkozy sur les plateaux de télévision du service public.

Et le peuple bavarois peut, encore aujourd'hui, malgré la mort de son inspecteur de police le plus célèbre au monde, clamer fièrement :

« Nous, en Allemagne, on n'a pas de pétrole, mais on a un Derrick ! »
 

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