Jacques-Yves Cousteau, Haroun Tazieff et Théodore Monod : ces trois hommes n'avaient pas qu'en commun le fait de posséder des noms ridicules. Non. Chacun à leur manière étaient des aventuriers des temps modernes, des hommes courageux, bravant des mondes hostiles pour nous rapporter des témoignages et des images propres à enthousiasmer nos âmes avachies dans des fauteuils devant TF1.
« Ils avaient une passion et voulaient la partager avec le reste de l'humanité. » écrit Pierre Lapremière dans l'avant-propos de l'ouvrage qu'il vient de consacrer à ces trois grandes figures françaises du vingtième siècle. « Et quand ils se sont rendus compte que ça pouvait leur rapporter beaucoup de pognon, ils ne se sont plus posés de questions et ont foncé tête baissée dans ce rêve qui allait devenir réalité ! »
Le rêve de Jacques-Yves cousteau, ce sont les murènes, les calamars, les poulpes, les dorades, les harengs, tous ces machins avec des branchies qui vivent sous l'eau et dansent la gigue dés qu'on les en sort. Tout petit déjà, raconte Pierre Lapremière, Jacques-Yves cousteau aimait à s'immerger entièrement dans l'eau de son bain pour y observer le ballet poétique des tétards virevoltant avec grâce. La famille Cousteau vivait alors dans des conditions hygiéniques déplorables.
Plus tard, suivant avec une résolution opiniâtre son rêve de jeunesse, il devient plongeur dans un grand restaurant parisien. C'est en travaillant dans cet établissement qu'il réalise que l'on peut extorquer beaucoup d'argent à quelqu'un rien qu'en lui promettant une assiette de fruits de mer. Sa décision est prise : il vole de l'argent et s'achète son premier bateau, le Je-vais-couler, grâce auquel il fera enfin connaissance avec l'élément marin.
« Ce fut une révélation, écrit Lapremière. Jacques-Yves Cousteau eût tout à apprendre : il ne savait pas comment manoeuvrer un bateau, ignorait les règles de base de la circulation maritime, ne savait pas que la mer était entièrement liquide, ni que l'eau mouillait si l'on tombait dedans, etc. Découvrir toutes ces choses ne fit que renforcer sa passion. Dés sa première sortie en mer, pris d'une irrésistible envie d'admirer la faune sous-marine, il plongea et faillit se noyer. La seconde fois également, et la troisième aussi. Ensuite, il se résolut à apprendre à nager. »
Le Jacques-Yves Cousteau que nous connaissons tous était né : très vite, il allait faire la rencontre de Louis Malle et offrir à la planète ébahie Le Monde du silence, un film splendide que tous les amoureux de la poiscaille applaudiront à tout rompre.
« Le parcours d'Haroun Tazieff n'est pas bien différent. » note Pierre Lapremière. Né d'une mère enceinte et d'un père anxieux, le petit Haroun fut destiné à devenir charbonnier. « Des charbonniers, il en faudra toujours ! » disait sa mère, une dame prévoyante et pleine de bon sens. Hélas, une autre vocation enflamma rapidement le coeur du jeune homme, fasciné par les images des volcans en éruption, des torrents de lave dévalant les plaines ou des cadavres calcinés que l'on trouvait alors dans les livres pour enfants. Sa décision est prise : « Je serais vulcanologistophile ou je ne serais rien ! » Comme « rien » n'était pas, en cette époque, une situation enviable (c'était avant l'invention du RMI), ses parents acceptèrent qu'il entreprenne des études en vulcanologistographie.
« Haroun Tazieff stupéfia ses professeurs par sa faculté à apprendre, à comprendre, à retenir et à jongler avec quatre balles pendant plus de dix minutes sans en faire tomber une seule. Une fois ses études brillamment achevées, il se rendit en Espagne car il rêvait de voir enfin de ses propres yeux le Vésuve. C'est à Madrid que quelqu'un lui expliqua que le Vésuve était en Italie. Donc il se rendit en Belgique, où on lui indiqua que l'Italie c'est plus au sud, puis au Maroc, où on lui expliqua qu'il était allé TROP au sud. Ce périple prouve que l'on peut tout à fait achever de brillantes études sans rien connaître à la géographie. »
Haroun Tazieff, tout au long de sa riche carrière, aura parcouru le monde entier à la rencontre des volcans. Rien ne le réjouissait plus qu'un de ces mastodontes de pierre et de feu se réveillant et menaçant la vie de milliers de personnes. L'un de ses meilleurs amis témoigne : « C'était un passionné, un vrai. Il adorait les volcans. Nous autres ses amis nous ne disions rien, mais franchement il était un peu chiant avec ça. Quand on allait boire une bière chez lui, il nous sortait ses diapos et nous forçait à regarder ses saloperies de volcans des heures durant. Alors que franchement, les volcans c'est comme les pornos, vous en avez vu un, vous les avez tous vus ! »
La passion, c'est aussi cela qui animait Théodore Monod, l'homme qui a passé tellement de temps dans le désert que ses yeux en sont devenus bleus. Ou alors je confonds avec les frémens, je ne sais plus. Toujours est-il que Monod veut du désert. Du vrai désert. Sans arbre. Sans eau. Sans rien. « Si ça n'avait tenu qu'à lui, il n'y aurait même pas eu de sable ! » écrit Pierre Lapremière.
« C'était le néant total qui fascinait Théodore Monod. Le fait de pouvoir regarder à l'horizon et de ne rien voir d'autre que du rien à voir d'autre. Cette passion du vide le dévorait de l'intérieur, littéralement. Sans compter qu'il avait un ver solitaire. »
Dans le désert, Théodore Monod fera des rencontres étonnantes. Un soir, dans le désert saharien, il croise trois mexicains égarés avec lequel il passera la nuit à chanter des chansons révolutionnaires à la gloire de Pancho Villa. Un autre jour, c'est dans le désert de Gobi qu'il fera la connaissance d'un extraterrestre venu prélever des échantillons végétaux terriens pour les scientifiques de sa planète. L'extraterrestre prendra Théodore pour un arbre et essayera de le faire monter dans son vaisseau. Heureusement que le naturaliste ne se déplaçait jamais sans sa bombe de mousse à raser, la seule arme réellement efficace contre les vénusiens !
Tout comme Jésus et Jean-Patrick Capdevielle, Théodore Monod aura donc consacré une part importante de son existence à courir les déserts, dans lesquels il put nourrir une réflexion intense sur la vie et développer une philosophie pleine de bon sens que quelques dictons habiles résument parfaitement : « Si tu n'as pas le choix, bois ton urine. », « Une dune, c'est comme la vie, mais en plus meuble », ou encore « Si un bédouin te refuse la priorité, assure-toi d'être à bonne distance des sabots de son chameau avant de l'insulter. »
Ces trois personnages mythiques, vous les retrouverez dans l'ouvrage de Pierre Lapremière, Cousteau-Tazieff-Monod : des mecs bien, aux éditions Gaëtan Tan N'avet. Un ouvrage que le Never Trust vous recommande d'autant plus chaudement qu'il a négocié un pourcentage d'intéressement sur les ventes.