Ce n'est pas tous les jours facile de tenir un blog humoristique, alors que les soucis de l'existence pèsent sur vos épaules comme sur celles de chacun d'entre-nous, et que l'on n'a pas tous les jours ni l'inspiration, ni l'envie d'en avoir. C'est pourquoi le Never Trust invite aujourd'hui ses lecteurs à faire acte de coopération, en fabriquant eux-mêmes l'article qui va suivre.
1. Trouver un titre amusant.
Le Never Trust peut se targuer d'avoir des titres drôlement rigolo, comme « Dieu est mort, Nietzsche m'a tuer », qui lui a valu une nomination aux Blogal Humor Awards, ou encore « H5N1 : Torpilleur coulé », récompensé en 2006 par un Prix Nobel étrangement passé inaperçu. Pour l'article que nous sommes en train d'écrire ensemble, sachez trouver un titre qui fasse rire, ou au moins sourire. Exemple : « Une petite fille retrouvée en morceaux dans une décharge municipale de la banlieue de Brest » n'est PAS un titre amusant. Si ça vous fait sourire, prenez un abonnement au Nouveau Détective et allez consulter un psychanaliste. En revanche : « Une petite fille retrouvée noyée dans une décharge municipale de la banlieue de Venise » est tout de suite nettement plus rigolo ! Comme quoi, ça se joue à trois fois rien.
2. Savoir quoi dire.
En général, les rédacteurs du Never Trust savent à peu près de quoi ils vont parler lorsqu'ils mettent le pied dans un nouvel article. Ce n'est pas toujours le cas, comme vous pouvez le lire en cet instant précis, mais c'est tout de même nettement plus confortable. L'actualité fournit généralement matière à rire : l'Irak, le Tibet, le Darfour, le Tchad, la Corée, la Tunisie, la Palestine, etc. etc. sont autant de sujets de poilades immanquables tant qu'on n'y habite pas.
Si vous êtes partisan d'un humour plus léger, les valeurs sûres sont : a) le sexe et b) le caca. Je ne dis pas ça par déformation freudienne, c'est juste que c'est vrai. Il convient cependant de manier ces deux notions avec retenue et subtilité afin de ne pas sombrer dans le vulgaire façon Jean-Marie Bigard ou Patrick Devedjian. Par exemple, écrire que si Laure Manaudou nage tellement vite, c'est parce qu'elle souffre de flatulences, ce n'est pas drôle. Ecrire également qu'à en juger par les photos d'elle qui circulent sur l'Internet, elle manie aussi bien la palme que le tuba, c'est encore moins drôle et c'est de mauvais goût. Vous devriez avoir honte.
3. Mettre en forme.
Cicéron l'a dit avant moi, ce qui est normal puisqu'il est né en 106 avant Jésus-Christ et moi en 1976, et je le répète donc avec ardeur : la dispositio est primordiale pour ce qui concerne l'agencement d'un texte, humoristique ou non. Bien entendu, il n'est pas question de dire que ceux qui ne savent pas écrire ne devraient pas créer de blogs : la liberté d'expression ne se négocie pas, et rendons donc hommage à Skyblog qui accueille avec amour tous les analphabètes de la création qui jugent nécessaire de nous montrer des photos de leurs chats, de leurs cousines ou de leurs groupes de rap favoris.
Mais au Never Trust, nous ne mangeons pas de ce pain-là. Ce blog n'a été créé qu'après une lecture attentive des oeuvres fondamentales de Roland Barthes et des essais critiques d'Umberto Eco. Relire Platon, Aristote, Aristophane, Sénèque, Montaigne et Enid Blyton s'est également avéré nécessaire. De même que Proust, mais là c'était plus pour le côté rigolo de la chose.
Donc, si vous désirez fabriquer votre article vous-mêmes, vous devrez prendre soin de mettre en place une introduction, un développement et une conclusion.
a) L'introduction.
Elle a pour but d'introduire. C'est son seul objectif et son seul intérêt. Dans d'autres circonstances, on appelle ça des préliminaires.
b) Le développement.
Le développement développe ce que l'introduction vient d'introduire. Exemple : « un hippopotame atteint de la grippe aviaire s'est immolé sur la place publique de Carquefou » serait une phrase d'introduction, quand « un hippopotame agé de cinq ans et pesant près de trois tonnes s'est donné la mort par le feu sur la place publique de Carquefou, en Loire-Atlantique » serait une phrase de développement. Si vous trouvez que c'est un peu léger, c'est que vous n'êtes pas un familier des dépèches AFP.
c) La conclusion.
Comme son nom l'indique, la conclusion conclut. Pour ceux que ça fait sourire, je vous rappelle que Les Bronzés
4. Faire une promotion de l'article.
Un blog est fait pour être lu, car un blog qui n'est pas lu s'étiole et se meurt, à la façon des feuilles mélancoliques échouées des arbres frileux, qui se transforment une fois la pluie d'automne venue en une immonde bouillie marronasse où grouillent des insectes tellement répugnants que même les entomologistes refusent de leur donner un nom.
Le Never Trust a fait beaucoup pour se faire connaître. Lien vers son adresse sur différents forums, inscriptions sur des annuaires en ligne, démarchages téléphoniques puis à domicile, publicités murales sauvages, piratage des sites Internet des ministères de la Défense et de l'Education Nationale, menaces de mort sur certains internautes, et j'en passe. Notre camarade Thenor Fulimate n'a pas hésité à donner de l'argent à ses voisins pour que ceux-ci aillent lire ses articles, et notre collaboratrice Emilie Nation a usé de ses charmes et de son corps pour obtenir des promesses de visites quotidiennes. Promesses non tenues, d'ailleurs. Et en plus, maintenant, des photos circulent sur le Web...
Si vous écrivez votre article vous-même, vous aurez donc à coeur d'en faire la promotion par tous les moyens, légaux ou non, qui sont à votre disposition.
5. Ultimes recommandations.
Evitez le plagiat : si vous vous contentez de recopier des textes d'Alphonse Allais ou d'adapter par écrit des planches de Marcel Gotlib ou des vieux sketches des Nuls, vous serez démasqués et dénoncés aux autorités comptétentes, si vraiment ça existe encore.
Ne faites pas trop de calembours : ça fatigue les yeux et le cerveau. Usez en avec parcimonie en ne perdant jamais de vue que seuls les plus mauvais sont vraiment drôles.
Ne signez JAMAIS de votre vrai nom : quand on balance des propos acerbes sur des personnalités politiques, quand on exprime avec force ses opinions sur les drames qui font vaciller le monde, quand on dénonce sans concessions les scandales qui secouent la planète, il convient de le faire sous couvert de l'anonymat, sinon c'est pas drôle.
L'humour noir est drôle dans une certaine limite : on peut rire de tout tant qu'on le fait, soit avec subtilité, soit au contraire avec un mauvais goût absolu. Il n'est pas vraiment de juste milieu dans ce registre. Si vous désirez rire de l'Islam, de la Shoah ou de la famine en Afrique, oubliez les règles de respect qui s'imposent à la vie en société et allez-y à fond, sans perdre de vue le précepte énoncé dans le paragraphe précédent.
Essayez d'être drôle et, si vraiment vous n'y arrivez pas, faites semblant de l'être. Ce n'est pas toujours facile, mais une relecture assidu de cet article vous donnera des pistes pour y parvenir.
Le Never Trust vous remercie de votre coopération, et vous souhaite bon courage !
ça commence à dater un peu quand même, faut renouveler... — Une phrase de conclusion rationnelle pour un article rationnel serait, par exemple : « après avoir longuement brûlé, l'hippopotame est mort sous les yeux hagards des citoyens de Carquefou, qui se demandent vraiment ce qu'ils viennent foutre au milieu de tous ces exemples ridicules. »