Prudence est mère de sûreté, et sûreté est cousine de bien-être. Donc prudence est tante de bien-être, lui-même frère ainé de confort. Confort étant mari de félicité, et sa filleule sûreté étant pacsée avec douceur, alors que douceur n'est autre que la soeur par alliance de prudence et la cousine germaine de félicité, on peut en conclure qu'il se passe des choses pas nettes dans cette famille.
La prudence, parlons-en. Une étude a démontré que chaque année, des tas de beaucoup de gens meurent à cause d'un manque patent de prudence. Une minute, parfois une seconde, d'innattention peut s'avérer fatale et vous diriger tout droit vers la case cimetière sans passer par la case départ ni toucher vos indemnités de licenciement. L'un des exemples les plus célèbres des drames que peut causer l'absence de prudence reste naturellement la catastrophe de Tchernobyl : un sympathique ouvrier ukrainien, mari fidèle, affectueux papa de trois enfants et heureux possesseur d'une voiture carrée, fêtait avec trois ans d'avance la chute de l'URSS sur son lieu de travail. Distrait par l'euphorie et par ses deux grammes de vodka dans le sang, il ne remarqua pas que le réacteur nucléaire dont il avait la charge était sur le point d'exploser. Quelques secondes plus tard, il se retrouvait éparpillé en petits morceaux à des kilomètres à la ronde, et ses restes étaient tellement radioactifs qu'on préféra les envoyer en orbite autour de la Terre plutôt que de les enterrer. Quelle leçon faut-il tirer de ce déplorable incident ? Celle-ci : ne buvez jamais sur votre lieu de travail, quoiqu'en dise les syndicats français des forces de police !
Naturellement, il n'est pas besoin d'être employé dans une centrale nucléaire pour s'exposer aux dangers inhérents au manque de prudence. Votre maison, par exemple, est votre pire ennemie. Chaque année, plusieurs dizaines de personnes meurent écrasées sous leur armoire. Il convient de rappeler que les armoires ne sont pas faites pour être fixées au plafond, mais contre les murs ! Cela vaut aussi pour les tables de nuit ainsi que les vaisseliers.
De la même manière, il convient de ne pas accrocher vos lustres au plancher. On ne compte plus le nombre de gens qui meurt en se prenant les pieds dedans et qui s'empale ainsi sur des ampoules trop saillantes. Naturellement, l'usage coutumier du lustre implique le risque de le recevoir sur le crâne si, par malchance, il se détache au moment où vous passez dessous. Evitez donc de passer dessous. Ou renoncez aux lustres. Une simple ampoule au plafond est largement suffisante, si vous prenez garde évidemment de ne pas vous électrocuter en l'installant. Le mieux, et le plus prudent, est encore de laisser pendre une douille vide.
Fumer à la maison comporte également des risques. Les paquets de cigarettes ne manquent pas de rappeler aux consommateurs de tabac les problèmes de santé que leur déplorable habitude peut entraîner : cancer mortel du poumon, cancer un-peu-moins mortel de la gorge, cancer encore-moins-mortel-mais-très-inesthétique de la langue, impuissance, fausses-couches, diarrhées chroniques, bronchites, sentiment de plénitude indescriptible après le repas et mauvaise humeur quand on essaye d'arrêter. Ce que ces messages ne disent pas, et il faut évidemment y voir la mauvaise volonté des marchands de tabac qui sont, on le sait, des vampires monstrueux et dénués d'humanité dont certains violent des enfants ou financent des partis néo-nazis européens, c'est que l'action de fumer est en soi dangereuse pour votre environnement. Chaque année, des millions de milliards de personnes meurent dans un incendie causé par une cigarette mal éteinte. La cigarette étant fourbe par nature, elle attend que le fumeur distrait s'endort pour se faufiler hors du cendrier et ramper telle une chenille vers la couverture ou le tapis le plus proche. Et c'est l'immeuble tout entier qui s'embrase, sous le regard des pompiers à qui la loi Evin interdit d'intervenir dans ce cas précis, afin que cela serve d'exemple dans les médias et auprès des jeunes. Donc, si vous êtes fumeur, quelques précautions s'imposent avant de vous coucher. Assurez-vous que toutes les cigarettes que contient votre cendrier sont dûment éteintes. N'hésitez pas, si besoin est, à balancer un petit coup d'extincteur dessus. Enveloppez chacun de vos mégots dans du papier d'aluminium, puis passez les sous la douche. Allez ensuite les jeter dans le cours d'eau qui traverse votre ville, puis restez sur place durant au moins une heure afin de vous assurer que celui-ci ne prend pas feu. Une fois que tout cela est fait, vous pourrez dormir sur vos deux oreilles.
Bien des gens meurent en faisant la cuisine. Le cas le plus marquant est celui de monsieur Karcher, poignardé à de multiples reprises par sa femme tandis qu'il faisait cuire des champignons. Rappelons qu'avant de passer aux fourneaux, les règles de prudence les plus élémentaires conseillent de porter une tenue inifuge, un masque de protection capable de résister aux agressions bactériologiques, des lunettes de soleil puissance 4, un chapeau de cowboy et une paire de santiags. Puis de nous envoyer une photo de vous, que nous nous ferons un plaisir de publier afin que chacun puisse juger de l'extrème prudence dont vous savez faire preuve avant de faire réchauffer votre pizza !
Cependant, la prudence s'impose partout, à l'intérieur comme à l'extérieur. Combien d'accidents idiots pourraient être évités si les gens savaient faire preuve d'un tant soi peu de bon-sens ? Prenons l'exemple des attaques de requin. Récemment encore, un surfeur américain est décédé après avoir été piégé par tout un groupe de ces redoutables poissons, qui l'ont encerclé et l'ont tabassé avant de le laisser pour mort en emportant son portefeuille. Ceci est évidemment un exemple extrème : en règle générale, si le requin attaque l'homme, c'est parce qu'il le confond avec une tortue de mer. Donc, si vous pratiquez des sports aquatiques dans des eaux réputées dangereuses, prenez soin de ne PAS porter une grosse carapace verte sur le dos.
Last but not least, comme disent nos amis espagnols : la foudre. Chaque année, des centaines de milliards de millions de personnes meurent frappées par la foudre. Les règles de prudence à suivre en cas d'orage sont les suivantes. Primo, ne sortez PAS de chez vous. Restez tranquillement à l'abri, tout en évitant de passer en dessous de votre lustre, de porter une tenue adéquate si vous comptez cuisiner, et sans oublier de surveiller vos cendriers, même s'ils sont vides. Deuxio, si vous êtes déjà dehors : ne vous réfugiez PAS sous un arbre. Récemment encore, dans l'Aveyron, monsieur Denis Depoule a été victime de pareille négligence. Surpris par un orage alors qu'il se promenait près des grottes du Tarn, cet aimable quinquagénaire n'a rien trouvé de mieux que de se précipiter sous un bouleau. Deux minutes plus tard, il s'y faisait dévorer par un requin. Et enfin, tertio : la foudre frappe toujours là où l'on ne l'attend pas. Donc, si à l'image de monsieur Depoule vous vous retrouvez sous un orage soudain, levez les bras vers le ciel en clamant très fort : « Allez viens ! Descends si t'es un homme ! Viens, je t'attends ! » Il y a de fortes chances pour que la foudre choisisse de vous ignorer royalement, sauf si elle est vraiment très susceptible.
Ce ne sont là que quelques recommandations parmi les centaines de milliers de millions de milliards de billiards que nous pourrions vous donner. Mais nous jugeons préférable de faire appel à votre sens des responsabilités : les meilleurs conseils sont encore ceux que l'on se donne à soi-même ! Ainsi, si vous craignez de périr dans une inondation, rien n'est plus aisé que d'emménager en plein coeur du sahara. En revanche, si vous avez peur des morsures de dromadaires, un chalet en montagne saura vous convenir. A condition que vous ne soyez pas terrifié à l'idée de mourir sous une avalanche, auquel cas rien ne vaut une jolie petite villégiature aux alentours de Los Angeles, San Andreas, Californie.
Et n'oubliez pas que la prudence commence avec une bonne hygiène de vie. Si vous mangez trop gras, ne soyez pas surpris de finir dévoré par la tribu cannibale qui habite à côté de chez vous. Si vous ne mangez pas assez, ne venez pas vous plaindre quand vous périrez aveuglé sous les flahs des appareils photos des photographes de mode. Et si vous vivez trop vieux, rien d'étonnant à ce que vous fassiez un arrêt cardiaque durant votre sommeil, la veille de votre cent-deuxième anniversaire !
Un bon sens dont les deux journalistes actuellement retenus en otage en Afghanistan aurait été avisé de faire preuve. Si vous désirez offrir aux gens des informations de qualité en évitant les manipulations de l'armée française, vous ne pourrez vous en prendre qu'à vous-même lorsque l'Elysée et Matignon rechigneront à oeuvrer pour votre libération sous prétexte que ça coûte cher et que ça prend du temps. Privés des messages de soutien dont bénéficièrent allègrement d'autres otages par le passé, vous aurez peut-être une bien vilaine image de notre Président, mais reconnaissez messieurs que lui, en évitant depuis plus d'un an de rencontrer autre chose que des militants UMP durant ses déplacements, ou en se faufilant aux aurores au Salon de l'agriculture afin d'être certain de n'y croiser personne qui pourrait lui faire perdre son nouveau calme sur Youtube, sait appliquer les règles de prudence que votre irresponsabilité déontologique a bêtement choisi d'ignorer !